La science et le chercheur : Les chemins du doute PDF

Le codécouvreur du virus du sida et Prix Nobel de médecine 2008 a été recruté par une université chinoise. Luc Montagnier va diriger une équipe de chercheurs la science et le chercheur : Les chemins du doute PDF sein du département des sciences de l’université Jiaotong de Shanghaï. A 78 ans, c’est la deuxième fois que le chercheur s’exile. Le professeur Montagnier, à de nombreuses reprises, pris la défense de cette théorie et de celui qui en fut à l’origine, Jacques Benveniste.


Le savoir ne doit pas être considéré comme un socle inébranlable sur lequel les chercheurs seraient invités à poser leur pierre. Ce socle est poreux et ils travaillent à l’imprégner de leurs doutes. Cependant, lorsque le chercheur présente un projet aux instances de subsides à la recherche, il se trouve soumis à des critères peu compatibles avec l’incertitude et le défi adressé aux connaissances admises. Lise Thiry plaide pour que les jeunes chercheurs bénéficient d’un crédit de vagabondage, à l’exemple des grands inventeurs dont le parcours se dessina souvent en zigzag. Elle plaide, aussi bien, pour qu’ils sachent retourner le pouvoir du doute contre leurs propre inventions et découvertes. Car on ne livre pas impunément à la société une recette fragile et potentiellement nuisible.

La théorie de la mémoire de l’eau, si elle avait été avérée, aurait expliqué le principe de l’homéopathie. Rappelons-le brièvement : un remède homéopathique s’obtient en diluant maintes fois ce que la discipline considère comme le principe actif du remède. CH signifie centésimale hahnemannienne, du nom du père de l’homéopathie, Samuel Hahnemann. Cette valeur indique la dilution du principe actif, en l’occurrence un dérivé de l’arsenic. La quantité d’arsenic utilisée a subi 9 dilutions successives.

Dans les années 1980, on avait cru pouvoir l’expliquer grâce à cette théorie de la  mémoire de l’eau  chère au professeur Montagnier. Ce fut l’une des plus belles controverses scientifiques de la fin du XXe siècle. Français Jacques Benveniste a publié dans Nature, en 1988, une étude expliquant que l’eau gardait une  mémoire  des composés avec lesquels elle a été en contact. Cette étude validerait donc les principes de l’homéopathie.

Les résultats de notre recherche imposent à tous, et surtout à la communauté scientifique, un considérable effort d’adaptation. Il s’agit d’entrer dans un autre monde conceptuel. Le changement de mode de pensée n’est pas moins grand que lorsqu’on est passé avec la Terre de la platitude à la rotondité. Les études que nous présentons montrent l’existence d’un effet de type moléculaire spécifique en l’absence de molécule. La procédure utilisée s’apparente à celle qui ferait agiter dans la Seine au pont Neuf la clé d’une automobile puis recueillir au Havre quelques gouttes d’eau pour faire démarrer la même automobile, et pas une autre. On comprend dès lors les réticences, voire l’agressivité, au nom de la déesse Raison, des adversaires de ce type d’expériences. Ces travaux ont immédiatement été très critiqués et Benveniste soupçonné de conflit d’intérêt, de légèreté, voire même d’avoir bidonné ses résultats.