Seuls : Chemin, texte et peintures PDF

Il existe deux versions du triptyque du Chariot de foin, toutes deux conservées en Espagne. Haywain left seuls : Chemin, texte et peintures PDF of the triptych WGA. Haywain central panel of the triptych WGA.


Wajdi Mouawad fasciné par Le Retour du fils prodigue de Rembrandt, c’est le chemin de l’écrivain vers le pays perdu de son enfance, ses couleurs, sa lumière, sa langue. Comment l’auteur de théâtre a, pas à pas, été conduit vers ce nouveau texte, qu’il porte seul en scène et qu’il offre ici depuis sa genèse jusqu’à sa révélation au public.

Haywain Right Wing of the triptych WGA. La datation du triptyque relève encore de l’hypothèse, aucun document d’époque n’ayant jusqu’à présent permis de trancher définitivement la question. Diego de Guevara, grand amateur de peinture, et propriétaire, notamment, des Époux Arnolfini de Jan van Eyck, le commanditaire du Chariot de foin. Son fils Felipe vend le triptyque, ou une réplique, à Philippe II d’Espagne en 1570. Escurial, la seconde à la Casa de Campo.

Bartholomäus de Momper, Tout est foin, 1559, gravure, Bruxelles, Bibliothèque royale. La vie est comme un chariot de foin, chacun en prend ce qu’il peut . Plusieurs expressions flamandes associent le foin à la vanité des biens terrestres :  Tout est foin , proclame par exemple une gravure moralisante de Bartholomäus de Momper datant de 1559. La tradition biblique reprend le même parallèle entre l’herbe et l’homme voué à disparaître, par exemple dans le Livre d’Isaïe :  Toute chair est comme l’herbe, et tout son éclat comme la fleur des champs.

L’herbe sèche, la fleur tombe, quand le vent de l’Éternel souffle dessus. La composition du tableau obéit à une relative symétrie. Au centre du panneau, le chariot de foin, symbolisant les vices terrestres, – et au premier chef, la cupidité – impose sa présence, par sa couleur jaune et son volume, qui occupe, des roues au sommet, approximativement un sixième de la surface de l’œuvre. Enfers représentés sur le panneau de droite. Une première bande, au premier plan, représente les parasites de la société. Au-dessus, une bande jaunâtre, presque vide de personnages, rend lisible la route que suit la procession.

Tout autour du chariot de foin qui impose sa présence massive au milieu du panneau central, se trouve une multitude de personnages qui paraissent, en proportion, comme autant de nains écrasés par leur cupidité. Au premier plan du panneau, Bosch représente toute une galerie de personnages généralement considérés comme des parasites de la société de l’époque, incarnant des figures de la tromperie et du vice. La première, qui prend la main d’une jeune femme blanche dont les riches habits révèlent la noblesse, est une chiromancienne – activité de charlatan réprouvée par l’Église. Au sommet du tuyau qui s’élève au-dessus de sa tête est suspendu par une corde un vase garni d’un bouquet de fleurs. L’homme se retourne vers une nonne agenouillée qui lui propose du foin dans la main droite. Elle tient dans l’autre main un fil, relié d’un côté à ce qui semble être une saucisse, de l’autre au sac de la cornemuse. L’échange que propose la nonne ne peut, dans ce contexte, que prendre une connotation des plus louches, vraisemblablement sexuelle.

Cette nonne appartient au bas clergé, représenté dans la partie droite du premier plan, et qui n’est pas exempt de la satire. Une nonne est en effet courbée sous le poids d’un large ballot de foin qu’elle porte sur la tête, tandis qu’une seconde se penche pour mettre le foin dans un grand sac ouvert, signe de l’enrichissement démesuré de l’Église. Derrière le chariot se trouvent, à la suite de deux personnages à cheval, une procession qui s’encadre dans un triangle, à l’apparence calme et tranquille : ce sont les puissants de ce monde, qui n’ont pas besoin de se disputer le contenu d’un chariot qui leur appartient de droit. Chrétienté : le pape, chef spirituel, dont le profil rappelle celui d’Alexandre VI, portant tiare et manteau de pourpre, tendant la main droite, et l’empereur, chef politique, à la longue barbe rousse, vêtu également de pourpre et coiffé de sa couronne, tenant à la main l’épée, symbole de sa puissance militaire. Pays-Bas depuis 1477 : le premier, le plus proche du bord extérieur gauche – ressemblant à Philippe le Beau -, porte une couronne et un sceptre, le second, un chaperon blanc archaïsant. Tout autour du chariot, un foisonnement de personnages qui arrachent et se disputent le foin met en scène la concupiscence, la cupidité, et la violence qui en découle, à travers l’ensemble des classes populaires de la société – que marque l’extrême variété des habits représentés.

Devant ce groupe, toujours à la gauche du panneau, un homme gît, un bras écarté, l’autre crispé sur sa poitrine, la tête renversée en arrière. Une béquille est jetée à ses pieds, tandis qu’une sébile repose à sa droite. Une nonne tenant dans ses bras un enfant est agenouillée devant lui, en posture de prière. Un moine en capuchon noir, lui aussi agenouillé, le regarde. Toujours est-il que le détail révèle l’absence de sous-vêtements masculins, conformément aux usages de l’époque.